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A publier par la revue POUR – juin 2010
par Mireille Ferri

Le schéma directeur de la région Île-de-France est un document de planification dont l’objet est d’organiser la destination des sols à moyen terme, généralement à 20 ans. La question de la valorisation des espaces ouverts, du maintien dynamique de l’agriculture comme de la valorisation des espaces naturels s’impose donc immédiatement comme centrale dans les négociations qui rythment son élaboration.

Pour tenter de retracer de façon synthétique le cheminement suivi pour créer de nouveaux outils de protection et de valorisation des espaces ouverts dans le SDRIF, il convient d’abord de revenir sur deux des aspects majeurs de sa genèse. Le premier concerne le jeu d’acteur : le pilotage de ce document par la région Île-de-France a nécessité une concertation très large et fait intervenir des acteurs de natures très diverses aux intérêts variés, parfois contradictoires. Le second réside dans le choix des trois grands défis qui ouvrent le document, et leur ordonnancement inédit. Ces trois défis introduisent la notion de « robustesse », déclinée à la fois et successivement comme robustesse sociale, robustesse environnementale et enfin robustesse économique.

Une fois succinctement décrits ces éléments de contexte, il faut aussi revenir sur un élément nouveau des dérèglements d’urbanisme dans chacun des pays de l’union européenne : l’obligation d’annexer à tout projet d’aménagement d’une évaluation environnementale de l’ensemble des impacts générés par ces futurs aménagements est tout à fait salutaire. Mais cette démarche reste encore tâtonnante : il aura fallu inventer des outils, adapter des indicateurs et réaliser une étude prospective la plus rationnelle possible, tâche d’autant plus sensible que nous savons être dans une configuration d’avenir incertain où il s’avère extrêmement difficile de conserver une démarche d’expertise quand chaque introduction de nouveaux critères, chaque choix de données interfère avec les convictions de chacun et renvoie à des choix politiques.

Ce questionnement sur les orientations a largement mobilisé l’ensemble des participants aux débats du schéma directeur. Dès l’origine, la question de la valorisation des espaces ouverts et du patrimoine environnemental de l’île de France a été affichée comme l’une des quatre thématiques centrales du SDRIF. La mosaïque des intervenants a permis, séance après séance, de faire progresser la prise de conscience des enjeux stratégiques de la question agricole chez chacun des acteurs, qu’ils soient élus, acteurs économiques, syndicalistes, experts…, et globalement de la nécessité de nourrir demain différemment12 millions de franciliens.

Renforcée par la crainte tout à fait nouvelle que nos populations pourraient être confrontées à une crise alimentaire de grande ampleur, les réflexions menées lors des travaux ont permis d’introduire dans le document final un chapitre extrêmement développé consacré au maintien de la biodiversité et à la dynamisation de l’activité agricole. Les outils pour y parvenir, exposés dans la dernière partie de cet article, sont parfois directement liés à l’organisation de l’espace naturel (fronts urbains, gestion des lisières, continuité biologique…), mais ils peuvent aussi s’insérer dans d’autres chapitres. Ainsi, la règle des bourgs et villages pour limiter les urbanisations nouvelles en zone rurale ; ou encore, l’introduction de la notion de continuité fonctionnelle pour préserver les activités agricoles, notamment en veillant à limiter le morcellement excessif des parcelles ou à maintenir la possibilité de circulation des engins agricoles.

1 – Quelques aspects de l’architecture globale du schéma directeur.

Un nouveau contexte institutionnel.
Jusqu’en 1995 et la loi de décentralisation dite « loi Pasqua », seul l’État pouvait concevoir une planification stratégique pour la région Île-de-France. Le passage de relais avec le conseil régional, désormais pilote de l’élaboration de cette stratégie, s’opère difficilement.
D’une part, les services techniques du conseil régional sont bien moins nombreux que les administrations de l’État, ce qui pose de lourdes questions sur la capacité d’ingénierie régionale, malgré l’appui de l’IAURIF. Cette difficulté a été en partie résolue grâce au renforcement sensible du service Aménagement de la Région, et particulièrement par la création d’une direction de la planification et de la stratégie territoriale.
D’autre part, et surtout, l’État n’accepte pas cette « amputation » de ses compétences stratégiques. La tension croissante entre l’assemblée régionale et le gouvernement, cristallisée par la nomination d’un ministre de la région, Christian Blanc, entré en fonction en avril 2008, est toujours incarnée à ce jour par le refus de l’État de transmettre au Conseil d’État le projet définitif de SDRIF, adopté par l’Assemblée régionale en septembre 2008 après avoir recueilli l’avis favorable de 6 départements franciliens (à l’exception des Hauts de Seine et des Yvelines !) et surtout un avis favorable à l’unanimité de la Commission de la plus importante enquête publique effectuée en France. A ce jour, rien n’indique que le gouvernement soit décidé à respecter la loi « Pasqua », et le Conseil Régional a adopté une résolution lui permettant d’introduire un recours contentieux.

Mais cette tension ne doit pas masquer l’ensemble des partenariats noués à d’autres niveaux, et particulièrement, au regard du sujet qui nous préoccupe, les rapports entre l’exécutif régional et la Chambre Régionale d’Agriculture. Surmontant en effet tous les raccourcis qui auraient pu conduire à une opposition politicienne, le travail de collaboration a été constant et repose sur le constat d’une préoccupation commune : maintenir l’usage agricole des sols arables en Ile de France. La crainte de la profession agricole a été longtemps, et à juste titre, que les sols cultivés ne soient qu’une sorte de vaste réserve foncière pour de futures extensions urbaines. Et la spéculation sur les prix fonciers aidant, que les agriculteurs en fin de carrière ou lassés par des conditions d’exploitations de plus en plus difficiles acceptent de vendre pour de la promotion immobilière. C’est à un double travail que nous nous sommes donc attelés de concert, quels que puissent être par ailleurs les points de vue de chacun sur les modes d’exploitations et les filières à valoriser. Nous reprendrons ces débats ultérieurement !

Premier combat : faire reconnaître la valeur de l’activité agricole, passer d’un vocabulaire de « protection » à une notion fondamentale de « valorisation », donner une image de dynamisme et de valeur intrinsèque à la production agricole (ce qui ne va pas sans interférer avec le débat sur la nature de ce qui est produit…). Il est frappant de constater qu’au moment des premiers débats, parler d’agriculture « vivrière » en Ile de France faisait sourire, voire exaspérait certains participants et que lors du vote final sur le projet arrêté, en septembre 2008, cette notion est passée sans la moindre remarque.

Deuxième front : stopper la consommation d’espaces ouverts et inventer pour cela de nouveaux outils. Nous nous sommes heurtés de plein fouet à l’Etat qui nous a accusés d’être en contradiction avec l’objectif de construction de 1,5 million de logements neufs en 20 ans. Il a fallu convaincre de la double nécessité de construire ET de préserver des sols non construits, ce qui se résout parfaitement si on admet la nécessité de limiter « réellement » l’étalement urbain grâce à une certaine densification urbaine, à la fabrication de ville « intense » c’est-à-dire plus compacte mais aussi mieux conçue, mieux dotée en espaces verts de qualité, en transports collectifs, en services publics… Ainsi, la protection de la « ceinture verte », zone agricole marquée tant par la qualité des sols que par la proximité urbaine et l’appétit foncier, passe dans le SDRIF par l’interdiction absolue de consommer la moindre parcelle de terrain en certains lieux particulièrement menacés : c’est ce que nous avons appelé les « fronts urbains » dont nous verrons plus loin la définition technique précise. Globalement, j’ai souvent évoqué une réplique célèbre du Seigneur des Anneaux « Vous ne passerez pas ! » pour imager cette limite cartographiée qui interdit en effet de construire au-delà d’une frontière dessinée sur la carte générale de destination des sols, un des éléments constitutifs et impératifs du SDRIF. Cette notion ne figurait par jusqu’alors dans le droit de l’urbanisme français…et l’Etat a d’ailleurs demandé au Conseil d’Etat une expertise juridique sur la valeur de cette norme nouvelle !

Une nouvelle donne politique.
Ces débats sur la production agricole et sur la valeur des sols ont eu lieu parce que nous avions globalement engagé une réflexion très globalisante sur le modèle de société que nous projetions à l’échéance 2030. Cela a conduit à inverser les logiques « classiques » qui prévalent à la rédaction traditionnelle des documents stratégiques. Nos principaux contradicteurs ont crié au loup après l’adoption du premier projet de schéma en février 2007, nous reprochant d’avoir sacrifié l’économie à l’écologie ! Cet argument n’a d’ailleurs pas convaincu si largement, puisque six des huit départements franciliens, ainsi que la quasi-totalité des consulaires (à la seule exception de la CCIP) ont émis un avis favorable sur le SDRIF. Je suis partie du constat que de nombreux indicateurs annonçaient un bouleversement radical de nos modes de production, de consommation et d’échanges. Cette « mutation » annoncée devrait logiquement s’accompagner d’une série de crises, qu’elles soient financières, écologiques ou sociales. D’où la nécessité de penser un système « robuste », capable d’une forte résilience. Cela s’est traduit par l’annonce, dans l’introduction du schéma directeur, de trois défis fondamentaux que nous devions relever : celui de la construction d’une « robustesse sociale » : pour traverser cette crise, il nous faut consolider la cohésion entre les populations et les territoires. Celui de la « robustesse environnementale : face aux différents visages de la crise énergétique, à la crise de la biodiversité, à la nécessité de penser différemment nos approvisionnements pour les matières premières, nous devons inventer de nouveaux processus pour la fabrication de biens ou de services, nous devons réintroduire fortement les circuits courts et les cycles locaux dans nos organisations territoriales. Celui donc de la « robustesse économique » qui permet de penser différemment l’organisation des échanges et la production de valeurs, notamment parce qu’elle prend en compte la nécessité de relever les deux premiers défis !

Une innovation réglementaire européenne.
L’évaluation environnementale du SDRIF répond à la directive européenne dite « plans et programmes » et à sa transposition dans le droit français par ordonnance 2004 – 489 du 3 juin 2004 et décret 2005 – 608 du 27 mai 2005. L’objectif de cette directive est d’assurer un niveau élevé de protection de l’environnement et de contribuer à l’intégration des considérations environnementales dans l’élaboration et l’adoption de plans et programmes en vue de promouvoir un développement durable. La charte constitutionnelle de l’environnement précise dans son article premier : « chacun a le droit de vivre dans un environnement équilibré et respectueux de la santé ». Par ailleurs, les concepts d’empreinte écologique et de responsabilité écologique ont été avancés. De façon plus large, une prise de conscience de la nécessité de maîtriser la pression anthropique sur l’environnement naturel s’annonce essentielle.
La poursuite de la décentralisation, l’élargissement de la mondialisation et le changement climatique constitue trois grandes évolutions prégnantes du paysage global contemporain. Chacune d’entre elles est porteuse de transformations importantes : il s’agit d’une rupture dans les façons d’aborder la planification territoriale. C’est précisément dans la prise en compte de cette rupture que le SDRIF puise une partie de son caractère novateur.

2 – Des choix affirmés pour la valorisation des espaces ouverts.
Le maintien de la biodiversité.
« Renforcer la robustesse aux aléas climatiques, c’est renforcer la robustesse générale du «système francilien». Dès lors, il faut penser différemment l’aménagement et d’urbanisme pour préserver et utiliser rationnellement les ressources vitales, au premier rang desquels l’espace et les sols. Limiter les impacts du changement climatique global sur le territoire régional, c’est :
- s’attacher à la réduction de la vulnérabilité des espaces et du fonctionnement urbain face aux risques.
- conforter le maillage des réseaux de transport d’énergie.
- reconnaîtraient renforcer le caractère stratégique de la couverture végétale, en particulier de l’ensemble des espaces boisés régionaux et de la trame verte d’agglomération.
- garantir la fonctionnalité des espaces agricoles, forestier et naturel en évitant leur morcellement et en préservant les continuités et les liaisons indispensables à leur valorisation, à la réduction de leur vulnérabilité, à leurs possibilités d’évolution et à l’adaptation de leur gestion.
- maintenir la biodiversité au travers d’un réseau d’espaces naturels, avec la préservation, voire la reconstitution de grands corridors écologiques fonctionnels, notamment interrégionaux, pour permettre la migration des espèces qu’ils peuvent. (…)
Les écosystèmes fournissent gratuitement des ressources essentielles comme un air de qualité, de l’eau, des sols productifs ou encore des matières premières, et régule le système atmosphérique permettant de limiter l’effet de serre. Dans le contexte mondial de la « sixième extinction » de la biodiversité à laquelle est associée la dégradation des principales fonctionnalités des écosystèmes, cet enjeu est essentiel en termes de qualité de vie et en termes économiques. »
Ce long extrait du SDRIF marque clairement l’évolution de l’état d’esprit des acteurs qui ont concouru à son élaboration. Là encore, il faut souligner la rapidité et l’importance de la prise de conscience qui s’est opérée entre septembre 2004, date du lancement des débats, et l’adoption du projet définitif en septembre 2008.

Une nouvelle approche du système régional et de la « métropole » parisienne.
Les espaces ouverts sont structurants dans une organisation urbaine polycentrisme.
Les difficultés à enrayer l’étalement urbain montrent bien qu’il est primordial de mieux intégrer la réflexion sur les espaces ouverts à celle sur les espaces construits et réciproquement. Le concept « d’espaces ouverts » recouvre l’ensemble des espaces agricoles, forestier, naturel et des espaces verts urbains (parcs, jardins publics ou privés). Ces espaces non construits et non imperméabilisés présentent un avantage considérable, celui d’avoir un sol vivant, riche en potentialités et permettant des adaptations, notamment en période de mutation climatique ou énergétique.
La préservation des espaces agricoles, forestier naturel implique une approche spatiale et fonctionnelle particulière. D’un point de vue spatial, il s’agit de préserver au maximum la compacité des espaces (taille suffisante, faible morcellement, sans enclave). D’un point de vue fonctionnel, il s’agit de maintenir et de restaurer les continuités écologiques, les circulations des engins et les pénétrantes agricoles et boisées, de maintenir les grands équipements des filières agricoles et des filières bois et d’en assurer l’accès. En clair, le SDRIF introduit le principe à la fois de continuité biologique mais aussi de continuité fonctionnelle, qui figurent clairement sur la carte générale de destination des sols. Ces continuités ne peuvent être rompues par aucune construction d’infrastructure ou d’immeuble : le SDRIF précise qu’ « en ceinture verte et dans les secteurs de fortes pressions urbaines, plus particulièrement, les réseaux des espaces agricoles, forestiers et naturels stratégiques doivent être identifiés et protégés ».

3 – Une large palette d’outils.
Les Fronts urbains.
Dans sa partie 3, qui définit les orientations opposables, le schéma directeur précise les limites des capacités d’urbanisation : « l’urbanisation doit se faire en continuité du bâti existant, sous réserve de ne pas porter atteinte à une continuité écologique, une coupure d’urbanisation, une continuité agricole, une liaison verte une lisière d’un espace boisé, où un front urbains d’intérêt régional représenté sur la carte de destination générale des différentes parties du territoire. Les fronts urbains d’intérêt régional situé en ceinture verte, figuraient par un trait de couleur marron sur la carte de destination générale des différentes parties du territoire sont intangibles. Aucune urbanisation nouvelle ne peut les franchir. »

Les espaces agricoles.
Dans les espaces considérés comme agricoles (et cartographiés comme tels), sont exclus tous les usages susceptibles de nuire à l’activité agricole ou de nuire à sa pérennité.
Les espaces agricoles à protéger correspondent :
- dans l’espace rural, aux grands territoires agricoles et ruraux homogènes, dont la fonction de production est dominante.
- en ceinture verte, aux entités agricoles qui s’inscrivent dans un réseau d’espaces ouverts, formant de grandes pénétrantes dans l’agglomération.
- en trame verte d’agglomération, aux unités agricoles fonctionnelles malgré le remplacement.
Ces espaces sont indiqués en jaune sur la carte de destination générale des différentes parties du territoire. Ne figurent pas sur la carte des espaces agricoles d’une superficie inférieure à 5 ha dans l’agglomération centrale et à 15 ha hors agglomération centrale. Ils sont toutefois à préserver s’ils sont fonctionnels et nécessaires à la viabilité de l’exploitation agricole.
Dans le cas contraire, l’aménagement de ces espaces doit permettre d’en conserver une partie en espaces ouverts.

Les lisières de forêt.
Concernant les espaces boisés, les objectifs sont notamment de maintenir une forêt multifonctionnelle durable, d’éviter la déstructuration des espaces forestiers par l’urbanisation, de poursuivre sa protection, et de repositionner la forêt francilienne face à de grands facteurs d’évolution externe, énergétique et climatique.
« L’intégrité des boisées fourrées doit être assurée pour les massifs boisés de plus de 1 ha. Dans le cœur d’agglomération, cela s’applique au bois de plus de 0,5 ha. Les lisières des espaces boisés doivent être protégées : en dehors des sites urbains constitués, à l’exclusion des bâtiments à destination agricole, toute nouvelle urbanisation ne peut être implantée à une  distance d’au moins 50 m des lisières des bois et forêts représentées sur la carte de destination générale des différentes parties du territoire. La vocation multifonctionnelle de la forêt doit être favorisée. »

Les continuités, les coupures d’urbanisation et les liaisons vertes.
Les continuités, coupures d’urbanisations et liaisons vertes, doivent être maintenues ou créées sur les secteurs dont le développement pourrait grever l’intérêt général de préservation/valorisation des espaces ouverts et leur fonctionnement.
Les continuités agricoles doivent être maintenues ou restaurées pour assurer la pérennité des entités agricoles et leur capacité d’adaptation.
Les liaisons vertes doivent assurer le maillage des espaces verts du cœur d’agglomération, des espaces ouverts de la ceinture verte et des grands espaces forestiers et naturels de l’espace rural. Ce réseau est également à connecter aux grandes liaisons « bleues » des vallées.
Ces espaces sont à considérer sous l’aspect spatial et sous l’aspect fonctionnel. Sur la carte, les continuités écologiques ou les coupures d’urbanisation sont indiquées par des flèches vertes à double trait ; les continuités agricoles ou les liaisons vertes sont indiquées par des flèches vertes à simple trait. Les simples traits signifient une logique de franchissement ou de circulation. Les doubles traits signifient une logique de continuité spatiale large. Ces flèches représentent les zones ou territoires à enjeux.
Différentes cartes figurant dans le SDRIF (le système régional des espaces ouverts, le système régional fonctionnel des espaces agricoles, boisées et naturelles, le schéma de connexion écologique) montrent de façon indicative les réseaux de continuité et de liaison au niveau régional et l’emplacement des espaces ouverts concernés.

La question particulière des infrastructures de transport.
Le principe de continuité des espaces ouverts est suffisamment récent pour que l’on puisse craindre sa non-application quand il est en conflit avec, par exemple, un projet d’infrastructures nouvelles. Nous avons donc précisé, chapitre 3 du SDRIF, l’orientation suivante : « la fragmentation des espaces agricoles et des espaces boisés par les infrastructures de transport doit est évités compenser, et les continuités rétablies. » Reste à espérer, outre la transmission du document au Conseil d’État !, la vigilance des acteurs pour faire respecter cette orientation fondamentale.

Un vœu qui s’applique, en guise de conclusion, à l’intégralité du SDRIF : un document d’urbanisme ne peut pas tout dire, il ne peut que tenter d’organiser pour un temps, une certaine volonté de vivre ensemble. De ce point de vue, il me semble que la convergence des acteurs sur quelques principes fondamentaux pour l’avenir a fortement vécu pendant ces quatre années. L’essentiel reste à accomplir : la mise en œuvre patiente et obstinée du schéma directeur régional, grâce à la mobilisation croissante autour des principes que nous y avons inscrits.

Il y a déjà 3,7 millions de chômeurs inscrits au Pôle Emploi et l’OFCE annonce 800.000 chômeurs supplémentaires en France d’ici fin 2010 !

Hélas, dans la lutte contre le chômage, depuis deux ans qu’il est élu, Nicolas Sarkozy n’a rien fait. Rien de sérieux ! C’est la première fois depuis 30 ans qu’une équipe arrive au pouvoir et affiche une telle désinvolture sur cette question.

Le 5 février, lors de son intervention télévisée, Nicolas Sarkozy a dit qu’il envisageait de réunir un Grenelle social. Vu la gravité de la situation, il ne suffit pas l’envisager. Il faut le faire. Et vite !

Nous, signataires de cet Appel, nous exigeons du Président de la République la convocation immédiate d’Etats généraux de l’emploi. Ces Etats généraux de l’emploi doivent rassembler tous ceux et celles qui peuvent faire des propositions contre le chômage et la précarité : syndicats, patronats, économistes, mouvements de chômeurs, collectivités, élus issus de toutes les forces politiques du pays, associations…

Pour que les résultats de ces Etats généraux soient à la hauteur des enjeux et ne déçoivent pas les citoyens, il faut que toutes les forces en présence se fixent un objectif mobilisateur et qu’elles acceptent de travailler ensemble aussi longtemps qu’il le faudra pour construire un nouveau Pacte social permettant de diviser par deux le chômage. > Créer 2 millions d’emplois

Oui, voilà l’objectif : créer 2 millions d’emplois -de vrais emplois- pour diviser par 2 le chômage, rééquilibrer le partage salaires / bénéfices et redonner du pouvoir d’achat à l’ensemble des ménages.

Le 19 février, le conseiller social de Nicolas Sarkozy, Raymond Soubie, a insisté sur le « caractère ponctuel des mesures sociales » annoncées la veille par le Président. « Ce sont des mesures pour 2009. Ce ne sont pas des mesures qui ont vocation à être reconduites. »

Nous ne pensons pas qu’on pourra sortir de la crise uniquement avec des mesures ponctuelles. Nous pensons au contraire que la crise doit être l’occasion d’un véritable sursaut collectif, l’occasion de construire un nouveau pacte social.

En 1982, à Wassenaar aux Pays-Bas, les partenaires sociaux ont pris quelques mois pour négocier un nouveau contrat social : temps de travail, formation, fiscalité, aides aux PME, code du travail, politique de recherche, indemnisation des chômeurs, financement des retraites… Tout a été mis sur la table, sereinement, afin d’arriver à un ensemble de propositions qui a permis, en quelques années, de diviser par deux le chômage et la précarité.

De même, en France, au bout de 30 ans de crise, il est temps de « prendre la taureau par les cornes » et de réunir pendant deux ou trois mois tous les acteurs concernés, afin de construire un nouveau contrat social qui permettra de diviser par deux le chômage et la précarité.

Pour atteindre cet objectif, les Etats généraux devront étudier sans tabou ni exclusive toutes les propositions présentes dans le débat public, y compris –notamment- les 7 propositions du collectif Nouvelle Donne.

Le 5 février, lors de son intervention télévisée, Nicolas Sarkozy a dit qu’il envisageait de réunir un Grenelle social. Vu la gravité de la situation, il ne suffit pas l’envisager. Il faut le faire. Et vite ! Il en va de l’avenir de notre République.

Signer l’appel

Paru dans Le Monde – 13 juillet 2007

Depuis le 6 mai, nous sommes entrés dans un nouveau régime : celui du président omniprésent, omniscient, omnipotent. Non content d’empiéter quotidiennement sur les plates-bandes de ses ministres, de mettre au pas l’UMP, de nommer ses fidèles aux postes clés de la préfectorale et des médias, il veut maintenant faire main basse sur les régions, à commencer par la première d’entre elles, l’Ile-de-France. Sarkozy, ça n’aura jamais été l’Etat impartial, mais c’est déjà l’Etat « imperator », « recentralisator ».

Au moment où les grandes démocraties européennes fondent leur développement sur la dynamique régionale et le fédéralisme, la France serait-elle en passe d’en revenir aux archaïsmes du jacobinisme, de la centralisation à outrance, de la mise sous tutelle des collectivités locales ? Selon l’ancien maire d’une des communes les plus riches de France (Neuilly) et de l’ancien président du conseil général du plus riche département français (les Hauts-de-Seine), il serait temps de reprendre en main le schéma directeur de la région Ile-de-France (Sdrif), le « Grand Paris » et ses infrastructures.

Son offensive principale porte sur le Sdrif. C’est tout sauf anodin. A l’issue de la plus grande concertation jamais menée en Ile-de-France, avec l’ensemble des élus, des acteurs économiques, sociaux et associatifs et avec les citoyens – au travers de questionnaires et de conférences citoyennes -, le conseil régional a en effet adopté, en février, son projet de schéma directeur qui entend faire de l’Ile-de-France la première éco-région d’Europe.

Pour affirmer cette ambition, ce schéma directeur s’attaque à toutes les vaches sacrées du développement économique gaullo-productiviste : il souligne le nécessaire rééquilibrage Est-Ouest, il prône la fin de l’étalement urbain par une densification raisonnée du coeur d’agglomération, la construction de 60 000 logements par an (dont 30 % de logements sociaux y compris dans les villes les plus riches), la priorité aux transports collectifs. Le Sdrif remet en cause les vieilles conceptions de l’aménagement du territoire qui ont amené à ce que des villes et des quartiers soient laissés en déshérence. Il promeut un aménagement qui anticipe les mutations climatiques et énergétiques à venir en mettant en avant le concept de ville dense et multifonctionnelle. Crime de lèse-majesté, enfin, il n’hésite donc pas à s’opposer à l’extension du quartier d’affaires de la Défense et à la construction de nouvelles autoroutes dans la région.

Ceux qui avaient naïvement cru que la signature du pacte de Nicolas Hulot, la nomination d’un super-ministre du développement durable et la convocation d’un Grenelle de l’environnement valaient conversion du chef de l’Etat en premier écologiste de France en seront pour leurs frais. Certes, il s’est prononcé en faveur d’une rocade de métro (projet d’ores et déjà prévu sous le nom d’Arc Express), évidemment sans exprimer la moindre intention de l’Etat de s’y impliquer financièrement. Mais il a surtout insisté sur des projets qui en disent long sur le développement à deux vitesses qu’il voudrait imposer à la région : la concentration des emplois à la Défense (aux dépens des quartiers les plus pauvres de l’Est), l’enfouissement de la RN13 dans sa bonne ville de Neuilly (pour un coût avoisinant le quart de celui de la rocade de métro !) et la construction de CDG-Express, une infrastructure ferroviaire dédiée aux golden boys afin qu’ils puissent rejoindre plus rapidement l’aéroport de Roissy sans s’arrêter dans les contrées défavorisées de l’Est, pour éviter d’y côtoyer la plèbe !

En feignant d’ignorer que le projet du Sdrif sera soumis à enquête publique à l’automne, le président – toujours conseiller général des Hauts-de-Seine – s’assoit sur la loi de février 1995 qui confie l’élaboration du schéma à la région. La rupture promise se révèle une rupture antidémocratique.

Quant à l’idée du « Grand Paris », elle part certes d’un constat juste – l’incapacité de raisonner à la seule échelle parisienne, sans structure intercommunale. Mais qui peut croire, à l’heure de la décentralisation, qu’un tel projet pourrait s’élaborer d’en haut, dans les ministères, sans la participation, le débat, l’adhésion des élus et des citoyens ? Si les frontières administratives doivent être dépassées, cela ne saurait se faire par un simple renforcement du centralisme d’un territoire qui a vocation à favoriser son polycentrisme. Nous pensons au contraire qu’une telle démarche n’a de sens que si elle se construit autour d’un projet commun, construit collectivement et accompagné d’un renforcement des compétences de la de la région en matière d’aménagement du territoire.

Nous en sommes convaincus : l’avenir n’est pas au retour à l’Etat pompidolien. Il est, au contraire, à la décentralisation et au fédéralisme. L’avenir n’est pas à la concentration du pouvoir et des richesses sur quelques territoires. Il est au rééquilibrage et au désenclavement des quartiers en difficulté. L’avenir n’est pas à une intercommunalité fondée sur la volonté de contrecarrer les projets de la région, mais à une intercommunalité de projets s’insérant dans l’espace régional, cohérent. Il n’est pas aux infrastructures autoroutières et au productivisme, mais aux projets de transports collectifs et à une région économe et durable. Au président d’accompagner de véritables moyens financiers ses discours concernant le logement social et les infrastructures de transports en commun.

Denis Baupin, adjoint au maire de Paris, chargé des transports ; Catherine Candelier, vice-présidente du groupe Verts au conseil régional d’Ile-de-France ; Mireille Ferri, vice-présidente du conseil régional d’Ile-de-France, chargée de l’aménagement du territoire

Publié sur Mediapart

26/01/2010 – 11:25

A l’aube de l’année nouvelle, et après l’écoute attentive des traditionnelles cérémonies des vœux en Ile de France, un souhait unanime semble être formulé pour les territoires : soyez attractifs à tout prix!

Malheureusement, cette simplification inhérente à la communication et au marketing est insuffisante pour préparer les territoires aux différents défis simultanés qu’ils ont à relever et risque de créer de nouvelles formes d’investissement territoriales vaines. Et persévérer dans une telle ligne malgré les contre-performances et les avertissements est un choix stratégique qui mérite d’être discuté.

La façon dont l’extension de La Défense et le dossier du Grand Paris sont traités, uniquement sous l’angle des affaires et du « rayonnement », parachèvent une tradition que les pôles de compétitivité ont incarné il y a quelque temps et que les « métropoles » préparées par le gouvernement perpétuent : le territoire doit avant tout être labellisé pour annoncer aux acteurs économiques au monde qu’il est prêt pour le développement économique. La publicité faite aux éco-quartiers et aux éco-cités en est un avatar supplémentaire.

L’audience des thèses de Saskia Sassen sur la « ville globale » et son classement les métropoles a été telle que ce type de palmarès a suscité un vaste mouvement de réflexion sur les stratégies de métropolisation. Mais S. Sassen attire l’attention aujourd’hui sur les simplifications qui sont faites et sur l’indispensable interrogation des paradigmes dominants, en géographie économique et en développement local par exemple, qui encouragent la diffusion de « modèles » de développement urbain aboutissant surtout à ce que David Mangin a appelé des « villes franchisées », aux rendements décroissants et la création d’espaces urbains dupliqués.

L’urbanisme est désormais avant tout sollicité au service de la stratégie d’attractivité des villes, et la responsabilité des urbanistes est engagée en la matière. Comme l’avait si bien montré François Ascher (2001), il est le plus souvent demandé aux urbanistes d’élaborer un projet consensuel susceptible de tranquilliser les investisseurs sur la pérennité de certains choix : le projet devient la preuve manifeste qu’il existe une claire stratégie de développement.

Les théories de l’attractivité et les recettes visant à développer l’innovation sur les territoires présentent des résultats mitigés et apparaissent incomplètes, fragmentées, souvent contre-productives à terme en proposant des systèmes coûteux en investissements et en ressources, et au final ségrégatifs et monofonctionnels. Elles déterminent des modèles de spécialisation territoriale controversés et polémiques, comme l’évolution du « quartier » de la Défense ou les projets d’aménagement du plateau de Saclay l’attestent.

On mesure par contraste combien dans ces stratégies sont sous-évalués les graves inégalités qui caractérisent les processus de métropolisation. La métropole francilienne est parcourue de clivages, avec des écarts croissants entre, d’une part, les « élites mondialisées » et les personnes hautement qualifiées des secteurs tertiaires supérieures, et, d’autre part, les personnels peu qualifiés nécessaires au bon fonctionnement de l’économie métropolitaine.

Ne serait-il donc pas plus opportun de formuler le vœu d’une autre gouvernance du « Grand Paris » en 2010 ?

Les politiques d’aménagement du territoire, urbain, qui combine les échelles locales et l’échelle métropolitaine sont devenues les principaux leviers susceptibles d’orienter le développement économique, tandis que l’Etat, dans le cadre de la politique de la ville, n’est plus désormais qu’un simple animateur d’une politique plus sociale qu’urbaine.

Il nous faut travailler sur la redécouverte des continuités entre espaces naturels et espaces urbains, de repartir du local pour proposer d’autres représentations du territoire, d’autres modes de lecture, porteurs d’appropriation par les habitants et d’innovations sociales, à l’instar des « Nouveaux quartiers urbains ».

Il nous faut agir afin que les projets économiques travaillent à résorber les inégalités. Les villes sont trop considérées comme les zones d’  « expérimentation » d’un marketing porté par des acteurs spécialisés, au risque de découper les villes en morceaux, déclinés sous des thématiques différentes, qu’il s’agisse des parcs à thème ou d’autres « pôles d’excellence » répartis dans l’espace urbain en fonction de spécialités mises en exergue.

Les schémas d’aménagement au niveau régional, doivent considérer conjointement l’urbanisme, le logement, les transports et l’aménagement du territoire, comme l’a fait le SDRIF. L’image d’une ville « divisée » a un effet négatif sur l’attractivité. La cohésion sociale doit donc être le fondement sur lequel créer un environnement attractif. L’idée clé est de faire profiter une plus large partie de la population des effets (en termes d’emplois) induits par la régénération économique qui viendrait de l’attractivité exercée sur les entreprises. Les nouvelles opportunités économiques doivent être offertes non seulement aux extérieurs (ceux qui ont été « attirés »), mais aussi aux locaux.

Il est urgent de promouvoir un « modèle » d’équilibre entre compétitivité et coopération, qui réconcilierait les tensions nées des concurrences avec les enjeux « républicains » de la redistribution, de la péréquation et de l’équité territoriales ; et prendre plus au sérieux la question de la désignation des acteurs légitimés à élaborer et à porter les projets d’attractivité. Par exemple pour qu’ils sachent résoudre la question de l’ancrage de l’innovation en en maîtrisant les conditions d’apparition, les usages et les effets à long terme sur un territoire.

On ne peut qu’espérer que les élections régionales seront l’occasion de proposer une réponse décisive à la question de l’attractivité, afin que celle-ci soit pérenne et serve l’intérêt des habitants pour aujourd’hui et pour préparer demain.

Mireille Ferri

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